- Exposition: Quitter l'Europe: une nouvelle vie en Amérique
- Motivations et Aspirations
Introduction
Tous les immigrants avaient leur propre ensemble de motivations qui justifiait leur décision de franchir le pas de l'émigration. Et il s'agissait vraiment d'un grand pas puisqu'ils devaient quitter leur pays natal et laisser derrière eux leur famille et leurs amis pour recommencer une nouvelle vie de l'autre côté de l'Atlantique, dépensant la plus grande partie – voire l'intégralité – de leurs économies pour le voyage en bateau à voile ou à vapeur. Quelles furent les raisons qui poussèrent plus de 30 millions de personnes à quitter les personnes qu'elles aimaient? Comment se fait-il qu'autant de personnes aient choisi de quitter le continent européen du 19e siècle et quelles furent les forces magnétiques qui les attirèrent vers cette terre d'opportunités de l'autre côté de l'Atlantique? Bien que chaque personne ait été guidée par ses propres motivations, il est possible de discerner des tendances explicites qui les poussèrent et les incitèrent à agir.
Terre d'espoir et de rêves
Dans l'Europe du 19e siècle, des centaines d'histoires circulaient sur les possibilités offertes par cette jeune nation qui répondait au nom des États-Unis d'Amérique. Là-bas, c'est du moins ce que l'on racontait, même le commun des mortels pouvait devenir riche, posséder un lopin de terre ou fonder sa propre entreprise dans cette « terre promise ». Et d'une certaine façon, cela était vrai, même si pour de nombreux émigrants la réalité fut moins radieuse que les rêves qu'ils nourrissaient. À l’époque, cependant, de vastes régions d'Europe étaient encore composées de sociétés paysannes et il était pratiquement impossible de gravir l'échelle sociale.
Lorsque la construction des voies ferrées s'accéléra et que des compagnies de chemins de fer très concurrentielles luttèrent pour une bonne position sur le marché, il devint plus facile et moins cher aux colons de se déplacer à l'intérieur du pays et de coloniser les nouveaux territoires conquis. Le déplacement de la frontière vers l'Ouest ouvrit de nouvelles régions agricoles, ce qui permit à de nombreuses personnes d'acheter des terres arables à un faible prix. D'un autre côté, le nouveau secteur industriel se développait rapidement, ce qui se traduisit par une très forte demande de main-d'œuvre. Les immigrants pouvaient travailler non seulement dans les usines prospères du pays mais aussi dans d'autres secteurs industriels en pleine expansion, tels que l'industrie minière, le commerce du bois ou les chemins de fer.
Quitter l'Europe
Si des forces ont attiré les Européens en Amérique, certains facteurs ont également poussé des gens à se résoudre à partir. Dans la plupart des pays européens, la Révolution industrielle avait non seulement changé la vie économique, mais elle avait aussi bouleversé les relations sociales et la société. Dans les campagnes, le développement de la mécanisation et l'amélioration des processus de production se traduisirent simultanément par une augmentation de la production, une diminution des prix des produits et une forte baisse de la demande de main-d'œuvre. De nombreuses familles d’agriculteurs se retrouvèrent dans l'impossibilité de gagner leur vie. Les gens quittèrent les campagnes pour rejoindre les régions urbaines en pleine expansion, où ils espéraient trouver du travail dans les usines nouvellement créées. Les faibles coûts des lignes de production dans les usines sonnèrent le glas des hommes de métier et des artisans, comme les tailleurs ou les forgerons, qui perdirent leur emploi.
Un autre problème était le nombre de personnes en Europe. La population était passée de 140 millions d’Européens en 1750 à plus de 450 millions à l'aube du 20e siècle. Dans une situation où la population augmentait et où les possibilités d'emploi diminuaient, l'émigration fut perçue comme une solution. Des événements importants à l'échelon national ou régional influençaient aussi les décisions des gens et pouvaient générer des pics d'émigration importants. L'exemple le plus connu est ici la Famine irlandaise, qui entraîna une émigration massive à partir de l'Irlande. Une autre catastrophe, la crise agricole mondiale de 1880, provoqua une montée du chômage si forte en Europe qu'elle entraîna aussi une augmentation de l'émigration vers les États-Unis.
De la répression à la liberté
Si les motivations économiques ont joué un rôle clé dans la décision d'émigrer vers les États-Unis, elles ne furent pas nécessairement les seules à justifier les départs. Pour certains, l'émigration ne fut qu'un impérieux besoin de liberté. Dans de nombreux pays européens, les gouvernements participaient de plus en plus à la vie quotidienne des personnes, formant des Églises d'État, créant le service militaire obligatoire et levant des impôts plus élevés. Cela entraîna parfois des protestations et une agitation sociale. Au cours de ce 19e siècle turbulent, des vents révolutionnaires soufflèrent sur l'Europe. Un grand nombre de ces révolutionnaires s'inspiraient des idéaux et des valeurs libéraux du système américain. Lorsque certaines de ces révolutions échouèrent, de nombreuses personnes quittèrent l'Europe pour aller conquérir leur liberté si ardemment désirée en Amérique.
La pression des gouvernements n'entraîna pas seulement des tensions politiques, mais elle provoqua aussi des conflits religieux ou ethniques. La vie de certaines minorités devint de plus en plus difficile, ce qui aboutit au harcèlement et à la discrimination. Certains groupes, comme des confessions protestantes néerlandaises, les catholiques en Irlande ou les mormons danois, furent attirés par la liberté religieuse qui existait en Amérique et ils décidèrent de partir. D'autres minorités furent traitées encore plus durement et subirent des violences, des répressions et des persécutions. Ce fut le cas de millions de Juifs d'Europe de l'Est, qui tentèrent d'échapper à l'antisémitisme et à la violence des pogroms. Les États-Unis et leur tolérance religieuse furent leur principale destination.
Une terre d'accueil pour les immigrants
Des millions d'émigrants européens souhaitaient recommencer une nouvelle vie en Amérique, mais sans les conditions adéquates, l'immigration aux États-Unis n'aurait jamais pu avoir lieu. L'un des plus grands facteurs à l'origine de l'émigration de masse au 19e siècle, fut l'amélioration des transports que nous traiterons dans la prochaine partie de cette exposition. L'autre condition cruciale fut l'attitude d'ouverture des États-Unis à l'égard des immigrants d'origine européenne. Pendant des décennies, les immigrants furent les bienvenus pour peupler les terres nouvellement conquises et travailler dans les usines pour remédier à la pénurie de main d'œuvre. Dans le même temps, certains pays européens assouplirent les lois qui interdisaient l'émigration pour tenter de résoudre les problèmes démographiques.
Et malgré la mise en œuvre de règlements plus stricts sur l'immigration aux États-Unis au tournant du siècle, l'émigration se poursuivit. Jusqu'au début de la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers d'immigrants furent accueillis chaque année. Il fallut attendre 1921 et l'Emergency Quota Act (la loi des quotas), puis l'Immigration Act of 1924 (la loi sur l'immigration de 1924) pour que l'Amérique resserre ses frontières et mette fin à l'ère de l'immigration illimitée des Européens.